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18/05/2021

Cimetières, friches, parcs : où se niche la biodiversité en ville ?

 

On parle beaucoup d’espaces, de trames ou de corridors « verts ». Ce qualificatif chromatique désigne en réalité des lieux aussi divers que les grands parcs ornementaux, les cimetières plus ou moins minéralisés, les friches anarchiques… Or comme le montre une étude publiée dans la revue Naturae, ces espaces végétalisés ne sont pas identiques sur le plan de la biodiversité qu’ils renferment. Et au sein d’un même espace vert, le mode de gestion est lui aussi déterminant.

PAPILLONS ET… TOILE D’ARAIGNÉES

L'expérience s’est déroulée dans la métropole grenobloise entre 2014 et 2015. Son vaste maillage d’espaces verts, la gestion différenciée dans la ville de Grenoble en vigueur depuis le début des années 2000 et l’arrêt des traitements chimiques sur de nombreux sites en font un terrain d’étude idéal pour la recherche en écologie.

Les chercheurs ont donc voulu comparer la biodiversité dans trois types de milieux : les friches, les cimetières et les pacs ou jardins publics. Ils se sont appuyés sur des suivis participatifs effectués par les jardiniers du service des espaces verts de la Ville de Grenoble : le PROPAGE pour les papillons de jour - suivi coordonné par Vigie-Nature et l'association Noé -, et un protocole « toile d’araignées », conçu pour l’occasion.

Papillons et araignées font partie de ces groupes d’invertébrés très répandus, bien connus, et potentiellement de bons indicateurs de biodiversité. D'où l'omniprésence des protocles "papillons" dans les sciences particpiatives - il en a quatre à Vigie-Nature ! En revanche les suivis araignées demeurent plus rares. Pourquoi ? « Il s’agit d’un groupe compliqué, avec beaucoup d’espèces difficilement repérables et identifiables, mais aussi (et surtout !) parce que ce sont des animaux à mauvaise réputation (à tort !), pour lesquels il serait sans doute difficile de mobiliser de nombreux volontaires », explique Benoît Fontaine, chercheur et coordinateur de programmes à Vigie-Nature. 

propage© simoens

Relevé PROPAGE à Grenoble. Simoens

 

LA FRICHE C’EST CHIC

Au cours de 359 relevés PROPAGE étalés sur sept communes de l’agglomération, 29 espèces ou groupes d’espèces de papillons furent identifiés, tous milieux confondus. Mais c’est dans les friches urbaines que les suivis affichent les plus gros scores. L’abondance et la richesse des papillons dépassent nettement celles des cimetières, des parcs et jardins.

Les friches ? Elles correspondent à d’anciens sites industriels, de services ou résidentiels désormais vacants, délaissés, et colonisés par une végétation spontanée. Souvent qualifiées de « territoire refuge à la biodiversité », elles confirment ainsi leur haute valeur écologique à l’échelle de l’agglomération. « Cela peut être expliqué par la végétation présente – d’une part, des herbacées non fauchées permettant le cycle complet de certains papillons; d’autre part, une plus forte proportion d’arbustes (en moyenne: 16 % pour les friches, contre 6 % pour les parcs et 3 % pour les cimetières), source de nourriture pour les Papillons – mais également par la quasi absence d’usage, donc de dérangement » expliquent les auteurs.

Les cimetières, à forte densité minérale, et les parcs, très fréquentés, se montrent de fait moins hospitaliers pour nos insectes.

GESTION ET DIVERSITÉ DES ESPACES

Il ne faudrait cependant pas enterrer les cimetières trop vite. Ni les parcs et jardins. En zoomant sur la ville de Grenoble, si l’on regarde les chiffres en fonction du mode de gestion appliqué, les cartes sont rebattues. Le parc semi-naturel de la Bastille, en bordure de ville, fait figure de hotspot de biodiversité. Plus étonnant, certains cimetières et espaces verts peuvent accueillir une biodiversité foisonnante. Parfois équivalente à celles des friches. Leur secret ? Une gestion sans produits phytosanitaires, extensive, douce – des fauches plus espacées notamment –  qui favorise le couvert herbacé dont les papillons dépendent pour pondre et se nourrir. Le mode de gestion s’avère déterminant, quel que soit le lieu.

De plus, chacun des espaces verts renferme une biodiversité spécifique. « Le Brun des pélargoniums, les Mégères et la Belle-Dame sont les espèces les plus nettement associées aux cimetières, où ils trouvent respectivement le pélargonium sur les tombes fleuries, des sols nus pour se réchauffer et des chardons sur les tombes abandonnées » commentent les scientifiques. Les Héspérides orange, Hespérides tachetées et Procris, quant à elles trouvent dans les friches les milieux herbeux et ronciers dont elles dépendent. Enfin, dans les parcs, les relevés PROPAGE témoignent d’une surreprésentation de Myrtil, Tircis et Moirés, inféodés aux lisières de forêts, prairies et pelouses. 

propage_grenoble.png

Localisation des sites observés. La combinaison des lettres correspond à la description des sites : par exemple, ECHCIM signifie cimetières dans la commune d’Echirolles. Sites : CIM, cimetières ; FRI, friches urbaines ; PAR, parcs ou jardins urbains. Communes : ECH, Echirolles ; EYB, Eybens ; GRE, Grenoble ; LT, La Tronche ; SEY, Seyssinet + Fontaine ; SMH, St-Martin-d’Hères ; SMV, St-Martin-le-Vinoux + St-Egrève. Source : OpenstreetMap. Réalisé sous Qgis.

 

Et les araignées dans tout ça ? Si le suivi des toiles n’a guère permis de mettre en évidence les différences entre milieux et modes de gestion, il révèle la singularité de chaque habitat. L’Épeire concombre, l’Ullobore pâle et la Zygielle des fenêtres (caractéristique des zones urbaines) sont les espèces les plus étroitement associées aux cimetières. La Mangore petite bouteille et l’Argiope frelon s’observent dans les friches et la Diodie tête de mort plutôt dans les parcs.

Ces résultats grenoblois nous enseignent plusieurs choses. D’une part, la nécessité de maintenir les friches urbaines, malgré leur caractère éphémère – l’artificialisation des sols les condamne - et leurs surfaces limitées. Dans les villes où ont eu lieu les relevés, les espaces verts représentent 448,23 ha, les cimetières 30,60 ha et les friches environ 18,35 ha. Or grâce à la gestion différenciée une biodiversité riche et abondante peut subsister dans des habitats variés. Autant de pistes d’actions concrètes en faveur d’une meilleure intégration de la biodiversité en ville.

 

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18/05/2021

Quand les comptages de papillons redonnent du sens au travail des jardiniers

Comme chaque printemps, dans toute la France, une centaine de jardiniers se sont lancés dans les premiers comptages de papillons en participant au Propage (co-animé par Noé Conservation). Avec le grand public (Opération papillon) et les naturalistes amateurs (STERF), les gestionnaires d’espaces verts jouent un rôle majeur dans la collecte de données sur les papillons de jour. Chaque année depuis 2009, parcs, jardins publics, cimetières ou squares font l’objet d’échantillonnages selon un protocole adapté à ces professionnels. La collectivité dispose ainsi d’un indicateur de biodiversité permettant d’évaluer ses pratiques de gestion, tandis que les données exploitées au Muséum contribuent au suivi des papillons en milieu urbain à une plus grande échelle. Le Propage accompagne de cette manière « l’écologisation » des villes.

Afin qu’ils puissent s’intégrer dans le planning annuel des gestionnaires, ces suivis exigent trois sessions de comptage par an (juin, juillet, aout), à reproduire d’une année sur l’autre en binôme. Chacun des comptages demande une dizaine de minutes. Selon un travail de thèse en cours, ces petits rituels auraient de grandes répercussions. « Nous nous sommes intéressés aux émotions des jardiniers qui partent compter les papillons sur leur lieu de travail. Nous avons ainsi pris la mesure du caractère transformatif de ces pratiques », annonce Marine Gabillet en s’appuyant sur de nombreux entretiens réalisés avec des participants et coordinateurs du Propage. Beaucoup témoignent en effet du plaisir à « chasser » puis identifier les espèces. Il y a ceux qui photographient leurs rencontres, ceux qui vont jusqu’à lancer un « concours » jovial avec le collègue de comptage. « Je suis un peu comme un gosse qui va à la récré, ça me change complètement de mon quotidien, c'est ma petite bouffée d'oxygène ! Je vais sur le terrain, je vais faire les relevés avec B. et on passe un petit temps ensemble où on s'amuse tout simplement ! » raconte l’un d’eux.

UN NOUVEAU SENS AU TRAVAIL

Moments de distraction, « bouffée d’oxygène » dans un travail parfois monotone, allègement des relations professionnelles… de nombreux bénéfices ressortent clairement des dires de ces « jardiniers-naturalistes ». Mais « s’occuper des papillons n’est pas seulement une source de plaisir pour les jardiniers, constate Marine; leur investissement les aide à redonner du sens à leur travail, dans le contexte actuel de crise environnementale et d’effondrement de la biodiversité ». Le fait de porter son regard sur un élément naturel qui n’a pas « d’utilité » à proprement parler, n’étant ni un auxiliaire de culture, ni un objet esthétique ou fonctionnel, change la manière de considérer son activité. La tonte, la taille, les semis se font en pensant au sort des papillons et par extension à celui de toute une biodiversité. La gestion des espaces verts devient plus écologique. C’est ce qu’exprime en substance ce volontaire : « Avant [Propage], on faisait de la gestion différenciée surtout pour des questions économiques, alors qu'aujourd'hui non. On fait de la gestion différenciée pour le côté écologique. » Le papillon est désormais un « usager » des espaces verts, avec ses besoins et ses préférences.

Pourtant, ces pratiques ne sont toujours pas perçues d’un œil complaisant. Certains participants subissent les sarcasmes des collègues quand ce n’est pas l’opposition de la hiérarchie. « Le plaisir au travail, même s’il s’inscrit dans une pratique vertueuse, n’est pas très reconnu voire dénigré » reconnaît Marine. Lorsque le contributeur n’est pas tout simplement prié d’aller « papillonner » ailleurs : « Moi j’aimerais aller beaucoup plus loin mais des fois on m’explique que… si je voulais aller plus loin, faudrait peut-être aller dans un espace naturel sensible ou un truc comme ça », se souvient un autre jardinier. Pourtant, si la vision strictement horticole et ornementale des espaces verts reste encore bien ancrée chez les décideurs et dans la population, les choses évoluent. Des pratiques impensables il y a quelques années encore deviennent monnaie courante – la gestion différenciée en est un bon exemple. Les jardiniers du Propage, en prenant du plaisir, en donnant un sens écologique à leur travail, se trouvent ainsi à l’avant-garde de ces changements pratiques et éthiques.

« J’aimerais que mon travail encourage la prise de considération des émotions, des ressentis des participants aux programmes de sciences citoyennes » insiste Marine. L’analyse des émotions, encore trop rare dans les sciences citoyennes, éclaire de manière originale et pertinente l’implication des participants. Les émotions positives favorisent l’assiduité au programme et les changements d’éthiques individuelles – d’autant plus dans le cadre du volontariat. D'autres types d'émotions plus négatives - l'usure par exemple - expliquent certaines difficultés que les coordinateurs rencontrent aussi dans la mobilisation sur le terrain. Et dans le cas du Propage, elles révèlent pour la première fois un changement dans la manière de concevoir son travail. 

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